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Enceinte, attention à l’air que vous respirez !

La qualité de l’air que l’on respire à tout moment est préoccupante que l’on soit chez soi, au travail ou au-dehors et que l’on vive en ville ou à la campagne. La pollution de l’air, qui présente déjà un risque pour tout un chacun, devient encore plus pernicieuse lorsque la femme enceinte transmet des polluants à l’embryon ou au fœtus. Mais de quelle pollution faut-il se méfier le plus ? Extérieure, en ville dans la rue, le métro et les gares ou en campagne près des champs cultivés ; ou intérieure au cœur même de nos espaces de vie et de travail ?

Les effets de la pollution sur l’embryon, le fœtus et l’enfant

Dès les années 70 des chercheurs ont commencé à se préoccuper des effets de la pollution atmosphérique sur la reproduction humaine, mais c’est à partir des années 90 que la question a réellement été étudiée, mesurée et quantifiée. Dans la plupart des études réalisées, les polluants dont il est possible de mesurer le taux d’exposition sont les particules fines (PM), l’oxyde de carbone (CO) et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP).

Déjà, au niveau du risque de naissance prématurée (avant 37 semaines de gestation), il semblerait que l’exposition un taux élevé de particules fines en augmenterait la fréquence tandis que les autres pollutions atmosphériques combinées ou isolées (PM, CO, HAP) influent également sur le poids de naissance. Mais bien évidemment, il est difficile voire impossible de ne mesurer que l’effet d’un seul type de polluant sur une population généralement exposée à tous !

A savoir : Une mesure plus facile a été de mesurer l’impact du tabagisme passif sur la durée de gestation et le poids du nouveau-né. Comparable à la nocivité du gaz carbonique (CO) et des particules fines (PM), la fumée du tabac valide l’impact sur l’enfant du niveau de pollution de l’air auquel est exposée la femme enceinte. C’est après ces mesures qu’ont été lancées les nombreuses campagnes d’éradication du tabagisme particulièrement en cas de grossesse.

Par contre, on a désormais mis à jour que certains polluants de l’air passent des alvéoles pulmonaires aux capillaires sanguins et franchissent la barrière hématoplacentaire :

  • Les particules fines (2,5 µm ou moins) pénètrent profondément dans le système respiratoire maternel et entraînent une augmentation de la viscosité plasmatique ce qui limiterait les échanges sanguins maternoplacentaires et ralentirait ainsi la croissance intra-utérine ;

  • Le monoxyde de carbone forme dans le sang maternel un complexe (carboxyhémoglobine) limitant la quantité d’oxygène dans l’hémoglobine de la mère et donc de l’embryon. Le défaut d’oxygénation du fœtus pourrait ainsi altérer son développement, sa croissance et les futures facultés de l’enfant ;

  • La concentration en HAP (Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques) dans l’air puis dans l’ADN fœtal prélevé à partir du sang du cordon pourrait influencer le poids de naissance par des mécanismes de mutagénicité.

Quels polluants dans quel milieu ?

Bien évidemment, même si les habitants des zones rurales y sont moins exposés que les citadins, c’est la pollution due aux transports et notamment routiers qui est la plus chargée en particules fines (fumées), en CO (gaz d’échappement) et en HAP (enrobés). Si une zone est urbanisée, elle comporte de nombreux espaces bitumés (trottoirs, parkings, routes…) sur lesquels transitent de nombreux véhicules dégageant des fumées et gaz d’échappement.

A savoir : « La pollution de l’air subie par les usagers du transport routier apparaît plus préoccupante pour la santé que la pollution de l’air des enceintes ferroviaires souterraines (métro) compte tenu des concentrations élevées au sein du trafic routier pour plusieurs polluants dont la toxicité est avérée, notamment : le nombre de particules fines, le carbone suie, des gaz comme le monoxyde de carbone, le dioxyde d’azote, le benzène et le toluène ». Source ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire).

Toutefois, nul(le) n’est épargné(e) car les ruraux et semi-ruraux sont également exposés à d’autres polluants d’origines diverses aussi bien à l’extérieur (industries, pesticides, biocides, engrais…) qu’à l’intérieur des logements et locaux de travail (peintures, colles, revêtements, mobilier…).

La Qualité de l’Air Intérieur (QAI) est désormais un enjeu national inscrit dans le PNSE3 (Plan National Santé Environnement). Il apparaît que l’air intérieur dans nos locaux de vie et de travail est souvent bien plus pollué que l’air extérieur alors que nous y passons en général de 70% à 90% de notre temps et davantage encore en fin de grossesse !

Les matériaux de la construction, du mobilier et de la décoration libèrent longtemps des substances chimiques, des hydrocarbures et des COV (Composés Organiques Volatils) auxquels nous ajoutons d’autres produits de consommation dégageant des vapeurs et des substances nocives pour tous et d’autant plus pour l’embryon et le fœtus.

Afin de mesurer et d’améliorer le niveau de QAI régnant au sein de son logement ou de ses locaux, il existe un outil d’évaluation en ligne élaboré par de nombreux partenaires et avec le concours d’Anne Barre dont le projet Nesting est destiné à informer les jeunes parents sur les polluants reconnus dangereux pour le nouveau-né.

Source : Les polluants de l’air influencent-ils la reproduction humaine ? Rémy Slama Unité mixte Inserm-INED-U569-Épidémiologie, démographie et sciences sociales, Hôpital de Bicêtre, Université Paris-Sud

Brigitte C.M

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